La force de l’image

Le 28 janvier dernier, en revenant de travailler, j’ai fait quelque chose d’inhabituel. Au lieu de descendre les escaliers de la côte de la Potasse ou de prendre le Métrobus vers Beauport, je me suis rendu au Cabaret du Capitole pour m’inscrire aux auditions de Star Académie.

Tout a commencé une semaine auparavant. C’est grâce à mon amie Lucie si c’est arrivé. « Lucie la violoniste » comme je l’appelle. Elle m’a convaincu de tenter ma chance, que c’était une bonne idée et d’autant plus puisque, du haut de mes 29 ans, c’est la dernière fois que je pouvais participer à ces auditions. Mais pourquoi participer à Star Académie ? Je n’adhère pas à la fausse magie créée par l’émission. Mais Lucie m’a dit : « fais‐le pour essayer et après tu verras ». Ouais, c’est une idée, surtout que jusqu’à maintenant, je me suis toujours sauvé devant toutes les possibilités d’audition qui se sont présentées à moi. Ça serait une belle occasion d’affronter mes peurs.

J’ai choisi d’interpréter une pièce de Billy Joel qui me tournait dans la tête depuis quelque temps. Une pièce appelée « She’s Always A Woman » et qui parle de la relation qu’un homme peut avoir avec une femme qui n’est pas nécessairement bonne pour lui mais qu’il aime quand même. Je me reconnais là‐dedans. C’est une chanson à texte avec une belle mélodie, quelques prouesses vocales, mais pas trop, juste quelque chose de « cute » et avec lequel je me sens bien.

Le fait est que durant la semaine qui a suivi ma décision de participer, j’ai commencé à y croire. Je me demandais ce que je ferais si j’étais appelé pour la deuxième audition, et si malheur, je me rendais à Montréal ? J’étais un peu déchiré entre l’idée de continuer ma petite vie tranquille et le fait que c’est vraiment cool de pouvoir vivre de la musique et d’avoir un public qui nous connaît. C’est ce que tous les artistes veulent et certains passent des années à se bâtir un nom.

Malgré tous les commentaires méchants que l’on peut entendre sur les candidats de Star Académie, il reste que ce sont des gens qui ont du talent et qui veulent foncer dans ce métier, souvent pour les bonnes raisons : l’amour de la musique.

L’audition

Donc, je suis allé m’inscrire le 28 janvier dernier pour passer l’audition. Il n’y avait pas énormément de monde ce soir‐là. La personne à la réception m’a donc invité à m’inscrire immédiatement et à passer l’audition le soir même. J’ai signé le contrat (droit de diffusion des images et sons recueillis) et rempli le questionnaire de base :

  • Quel est votre artiste québécois préféré ? Rufus Wainwright
  • Pourquoi devrions‐nous vous choisir pour participer à Star Académie ? Parce que ma mère va vous en devoir une…

Je remets le contrat et le formulaire. Après une brève discussion, la préposée me permet de passer chez moi pour prendre une douche et souper puisque le temps d’attente est d’environ 2 heures et que j’ai l’estomac dans les talons.

De retour à la salle d’attente vers 20h00, le responsable me demande si je suis Patrick Matte. C’est déjà mon tour ! Parfait ça, pas le temps de stresser… Nous sommes un groupe de 6 qui sommes descendus vers la salle du Cabaret du Capitole. C’est à cet endroit que les juges Stéphane Laporte et Naggy Boilard reçoivent les candidats. Il nous reste encore une dizaine de minutes à attendre. On s’installe sur des chaises en parallèle, en se déplaçant d’une chaise vers la droite à chaque fois que quelqu’un est appelé en audition. Ça nous fait un compte a rebours virtuel, assez stressant à mesure que la dernière chaise s’approche.

C’est finalement mon tour ! J’entre dans le cabaret et marche vers l’avant de la salle. C’est à ce moment que le trac est le plus fort. On dirait que chaque pas est pénible et qu’on va s’enfarger dans les lignes du tapis. Arrivé en avant, le technicien me demande si j’ai besoin d’un banc… je lui dis oui, un banc et un lutrin. Naggy Boilard me salue et me demande de dire mon nom, mon âge et d’où je viens. J’étais certain que je réussirais à me tromper dans ces 12 mots : « Je m’appelle Patrick Matte, j’ai 29 ans et je viens de Québec ». Ouf… ça s’est bien passé, première étape réussie ! (en effet, parler devant un public pour moi, c’est plus difficile que de chanter.)

Il ne reste qu’à chanter ma chanson (ben oui… y’a rien là!). Je leur ai dit le titre et j’en profite pour ajouter que mes « Sss » vont peut‐être « sonner bizarre » puisque j’ai des broches.

L’étape musicale en tant que telle s’est bien passée. Je m’étais préparé à deux choses ; que les juges allaient être froids et que j’aurais la gorge sèche. Les juges étaient moins froids que je m’étais imaginé. Mais pour la gorge sèche, ce fut effectivement le cas. J’ai donc utilisé ma technique vocale pour m’en sortir et j’ai senti que le résultat était bon. Pas de manque au niveau de la voix, une bonne puissance dans les hautes, les paroles fluides, une émotion subtile, mais présente. Non, ce n’est pas de la prétention… je me suis « haïs » assez souvent sur scène que je peux reconnaître quand ça s’est bien passé.

J’ai remercié les juges et je suis sorti, bien content que ce soit terminé et que ça se soit passé si rapidement.

L’attente

Il ne restait donc plus qu’à attendre… Quand on est choisi pour la 2ième audition (celle qu’on voit à la télévision), on est rappelé avant 23h le dimanche soir. Si à 23h on n’a pas eu de téléphone, c’est que c’est terminé pour nous.

Les auditions sont diffusées en direct sur la « webcam » de Vidéotron, sur le web. Des gens qui sont fanatiques de Star Académie regardent les auditions en direct et donnent leurs commentaires sur un forum de discussion appelé le domaine bleu. Pour me faire patienter, je suis allé lire les commentaires écrits sur mon cas. Il y avait des choses bien gentilles :

  • « oui j’aime bien il est juste puis j’adore le timbre de voix !!! »
  • « Ah bin ! La voix est très agréable au début. Le ton est juste et le rythme est très bon. Une belle voix. J’aime bien. Il chante bien. Il est agréable à entendre. Une bonne interprétation. »
  • « Ah ben j’aime ça des broches… »
  • « c’est sur qu’il lui en demande une autre ben je pense »
  • « même pas !!!!!!!! je suis déçu il était bon »
  • « Il était vraiment bon le gars. »

Le dimanche soir, je suis allé au Mont‐Sainte‐Anne avec Caroline. Elle avait gagné un forfait nuit/déjeuner alors on s’est payé la traite. J’ai gardé mon cellulaire sur moi avec la sonnerie très forte, chose que je ne fais jamais d’habitude. J’ai reçu un appel vers 21h. C’était François qui s’informait si j’avais eu des nouvelles… « Ben non, pas encore… Si j’en ai, je te rappelle ».

Finalement, rien…

À 23h05, on s’est débouché une bière et trinqué à ma non‐sélection. C’est fini pour moi. L’an prochain, je serai trop vieux pour les auditions. Je ressentais néanmoins une satisfaction parce que je « savais » maintenant, je ne « doutais » plus. Je n’aurai pas le regret de ne pas avoir essayé.

L’apprentissage

Avec du recul, je ne m’y prendrais pas de la même manière pour passer l’audition. Je choisirais une chanson comme « S.O.S. d’un terrien en détresse », « At Last » ou « For Once In My Life » de Stevie Wonder. Je croyais naïvement que les juges seraient assez intelligents pour déceler des subtilités et voir plus loin que l’interprétation, mais il semble que le grand nombre de gens qu’ils doivent rencontrer chaque jour les rend très « premier degré ». Si c’était à refaire, je jouerais aussi avec mon look… cheveux coiffés, verres de contact au lieu de lunettes, des vêtements plus relax et moins officiel.

Note de moi à moi : la prochaine fois, ne pas être subtil, beurrer épais et me donner une chance avec mon look. Les juges voient ce qui est en avant d’eux. C’est la force de l’image.

Je n’aurai pas la chance d’appliquer cet apprentissage à une autre audition de Star Académie, mais qui sait quand ça me servira… Je mets ça dans mes bagages.

Fin.

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